Banc d'essai

Mon CEO est une IA (et il m'écrit tous les soirs)

Un CEO virtuel recruté avec Nanocorp, un magazine écrit chaque nuit par une IA : ce que deux agents ont changé à mon quotidien, et jusqu'où je les laisse agir en mon nom.

Greg Taieb · · 4 min de lecture

Tous les soirs, je reçois un email de mon CEO.

Je ne l'ai jamais rencontré. Il travaille pour moi 24h/24, il ne prend pas de vacances et il ne m'a jamais demandé d'augmentation. C'est un agent IA.

Le matin, c'est un autre agent qui prend le relais : il m'a préparé un magazine écrit pour moi seul pendant que je dormais.

Il y a quelques mois, ça m'aurait fait sourire. Aujourd'hui, c'est ma routine. Je vous raconte comment j'en suis arrivé là, et ce que ça m'a appris.

Le CEO recruté entre deux avions

Tout a commencé juste avant un vol. J'écoutais le podcast de Matthieu Stefani sur Nanocorp, un service qui vous fournit un CEO virtuel : vous lui donnez un projet, il l'exécute.

J'avais une idée en tête. Je lui ai simplement dit : « travaille dessus ».

En atterrissant, il avait déjà avancé. Dans les jours qui ont suivi, sans que j'intervienne :

  • il m'a construit un site (moins bien que celui que j'avais fait moi-même, mais il l'a fait) ;
  • il a défini une stratégie de lancement ;
  • il m'a proposé une stratégie social media ;
  • il a identifié des influenceurs et des médias à contacter ;
  • et il les a contactés. Lui-même.

Un soir, son email contenait la réponse d'un influenceur : positive. Mon CEO virtuel était en train de me décrocher un partenariat.

C'est grisant. Parfois un peu flippant.

Le magazine que personne n'a écrit

Le deuxième agent de ma routine est plus discret.

Chaque matin, je lis un magazine écrit pour moi. Uniquement pour moi. Les sujets que je suis en ce moment, les actus qui touchent directement mon activité, traduits, résumés et mis en forme dans le style que je préfère lire.

Personne ne l'a écrit. Une IA l'a assemblé pendant que je dormais.

C'est ça, pour moi, la vraie personnalisation de contenu. Pas « les gens comme vous lisent aussi… ». Pas un algorithme qui vous enferme dans une bulle. Un flux construit sur mesure, reconstruit chaque jour, à partir des sources que j'ai choisies. Je pourrais tout autant en faire un podcast. Mais honnêtement, il faudrait être fou pour se passer d'un si joli magazine.

Zuckerberg fait la même chose (avec un peu plus de budget)

J'ai compris que ce n'était pas une lubie de geek le jour où le Wall Street Journal a révélé que Mark Zuckerberg se construisait un agent IA pour l'aider à diriger Meta.

L'idée : récupérer de l'information en court-circuitant les couches managériales. Plus besoin de demander à quatre directeurs pour avoir un chiffre. L'agent va chercher, synthétise, répond. Au passage, Meta a lié l'adoption de l'IA aux évaluations de performance de ses 78 000 employés.

Ce qui m'intéresse, ce n'est pas le titre putaclic « Zuck se fait remplacer par un robot ». C'est ce que ça révèle : l'IA ne remplace pas les gens. Elle court-circuite les process.

Le problème d'un dirigeant, ce n'est pas le manque d'intelligence. C'est l'accès à l'information. Les six niveaux de validation. Les réunions pour préparer les réunions. Et le dirigeant d'une PME de 50 personnes a exactement le même problème que Zuckerberg. La différence, c'est le budget. Pas le besoin.

Ce que j'ai appris

1. L'autonomie, ça se règle. Un agent n'est pas « autonome » ou « pas autonome ». Il a le niveau d'autonomie que vous voulez bien lui accorder. Mon magazine peut tout faire seul : il ne risque rien. Un agent qui écrit à des inconnus en mon nom, c'est une autre histoire.

2. Plus un agent parle en votre nom, plus vous devez le cadrer. Lire, trier, résumer : je laisse faire. Écrire à l'extérieur, s'engager, payer : c'est là que je veux garder la main.

3. On n'a gratté que la surface. Nanocorp peut aller jusqu'à commercialiser un produit, créer une page de paiement, gérer le support client. Je ne l'ai pas encore poussé jusque-là. Mais je sais que la question n'est plus « est-ce que c'est possible ? ». C'est « jusqu'où suis-je prêt à déléguer ? ».

Ce que ça change vraiment

Ces agents ne me font pas travailler moins. Ils me permettent de mener plusieurs projets de front, avec une réactivité qui aurait été impossible il y a quelques années.

On nous dit « c'est l'année de l'IA » depuis 2023. Je ne crois pas que 2026 soit l'année de l'IA. Je crois que c'est l'année où ceux qui ne s'y mettent pas commencent vraiment à perdre du terrain.

Et vous, quelle partie de votre travail confieriez-vous à un agent dès demain ?