Carnet de bord

Ma femme voulait faire un Excel. J'ai publié une app iPhone.

Greg Taieb · · 4 min de lecture

Cette année, on prépare un road trip en famille. Et comme à chaque fois qu'on essaie d'optimiser un voyage, ça part dans tous les sens : un hébergement sur Airbnb, un autre sur Booking, une activité sur GetYourGuide, une excursion réservée en direct. Certaines réservations sont annulables, d'autres demandent un acompte, d'autres se règlent sur place.

Au bout de trois jours, ma boîte mail ressemblait à un centre de contrôle aérien.

Ma femme a fait une proposition parfaitement raisonnable : « Chéri, je fais un fichier Excel. »

C'est ce qu'auraient fait 95 % des gens. Mais plus j'y pensais, plus je voyais arriver les colonnes, les filtres, les statuts, les échéances d'annulation, les acomptes, les soldes, les adresses… J'étais déjà en train de recréer une application.

Alors je l'ai construite. Elle s'appelle Trip Control, et elle est aujourd'hui sur l'App Store.

328 000 lignes de code, et je ne suis pas développeur

Pour comprendre pourquoi j'ai pu faire ça en quelques heures plutôt qu'en six mois, il faut revenir un peu en arrière.

Pendant des années, mon métier a consisté à être une interface. J'avais les idées, je comprenais les besoins, mais je m'arrêtais toujours au seuil de l'exécution. Je traduisais une intention en spécifications, je transmettais à une équipe technique, puis j'attendais.

Avec l'arrivée d'outils comme Lovable, j'ai vu une brèche. Ce que je prenais pour une compétence absolue, savoir écrire du code, s'est révélé être une barrière sur le point de tomber.

En 2025, j'ai sorti 328 000 lignes de code, l'équivalent du travail d'une petite équipe de développeurs, sur mon temps libre. Une dizaine d'applications, de l'outil perso au SaaS commercialisable, avec de l'authentification Google et LinkedIn, des agents conversationnels, de la transcription audio en temps réel, des connexions à des API tierces.

Je n'ai pas « appris à coder ». J'ai supprimé l'intermédiaire entre mon idée et le produit. Pas en apprenant la syntaxe, mais en apprenant à demander avec précision, et à comprendre pourquoi l'IA se trompait pour mieux la guider.

Le dernier mur : l'iPhone

Une barrière tenait encore : le mobile, et surtout iOS. Une autre façon de développer, un compte développeur à créer, des règles de soumission Apple réputées impitoyables. Je repoussais.

Pour Trip Control, j'ai fini par laisser ChatGPT Codex prendre la main sur mon ordinateur. Pas seulement pour écrire du code : il a ouvert le navigateur, manipulé les applications, rempli les formulaires. Il a enchaîné toutes les étapes, de la création du compte Apple jusqu'à l'envoi en validation, pendant que je regardais.

C'est grisant. Et un peu effrayant, on ne va pas se mentir.

Le résultat fait exactement ce dont on avait besoin :

  • je transfère un email de confirmation et la réservation est importée automatiquement ;
  • chaque hébergement, activité ou point d'intérêt est relié à Google Maps, et je vois tout le voyage sur une carte ;
  • je vois d'un coup d'œil ce qui est payé, ce qui reste à régler, ce qui est encore annulable et les échéances à surveiller ;
  • je peux interroger mon voyage avec l'IA et le partager avec ceux qui partent avec moi.
Écran Trip Control : l'itinéraire du road trip affiché sur une carte
Trip Control : tout le voyage sur une carte
Écran Trip Control : le budget déjà payé, engagé et encore disponible
Trip Control : ce qui est payé et ce qui reste à régler
Écran Trip Control : les suggestions de l'IA pour le voyage
Trip Control : l'IA conseille, vous décidez

L'IA conseille, mais c'est toujours l'utilisateur qui décide.

Ce qui reste humain

Si je m'arrêtais là, ce serait une belle histoire de « l'IA fait tout ». Ce n'est pas le cas.

La supervision. Une IA qui pilote votre poste, ça se surveille. Je relis chaque étape qui touche à un compte, un paiement ou une clé. Le spectateur reste responsable.

Le test en vrai. Quand Apple a publié ses règles pour le futur iPhone Duo, j'ai passé Trip Control à la moulinette. Beaucoup de petits détails à penser, et le simulateur ne suffit pas toujours. Rien ne remplace l'appareil dans la main.

Le storyboard. Pour la vidéo de démo de l'app, Claude s'est appuyé directement sur le code source, donc sur les vrais écrans. Mais c'est le storyboard, un vrai travail humain, qui fait la différence entre une vidéo qui explique et une vidéo qui fait juste joli.

Penser pour les agents. J'ai regardé Manus réserver un voyage complet en trois minutes. Sur les outils qui ont une API, il vole. Sur ceux qui n'en ont pas, il rame. Si demain vos applications sont utilisées davantage par des agents que par des humains, chaque nouvelle fonctionnalité doit se poser deux questions : comment mes utilisateurs vont s'en servir, et comment un agent pourrait s'en servir efficacement.

La compétence qui devient rare

Il y a deux ans, l'idée de Trip Control serait restée dans un coin de ma tête, ou serait devenue un projet de six mois jamais terminé. Aujourd'hui, on ne cherche plus l'outil le moins mauvais. On construit exactement celui dont on a besoin.

Si produire du code ne coûte presque plus rien, la seule chose qui devient rare, c'est la pertinence de la demande. La compétence de demain n'est plus de savoir comment construire, mais de savoir exactement quoi construire.

Trip Control est gratuite sur iPhone : téléchargez-la sur l'App Store.

Et vous, quel est votre dernier « fichier Excel » qui méritait en réalité sa propre application ?