Point de vue

J’ai repris le contrôle de mon site. À quoi serviront demain les CMS ?

Après WordPress, Ghost puis un site recréé en vibe coding, j’ai refait mon site en un week-end avec quatre assistants IA : ce que cela m’a appris sur ce qu’un CMS apporte vraiment, et sur ce qu’il deviendra.

Greg Taieb · · 6 min de lecture

Ce week-end, j’ai eu l’impression de reprendre complètement le contrôle de mon site web, gregtaieb.com. Et ça m’a fait sérieusement réfléchir à l’avenir des CMS.

Mon intuition, après ces quelques jours : quand l’IA permet de piloter aussi facilement le contenu et le contenant, la valeur d’un CMS ne se trouve plus dans sa capacité à fabriquer des pages. Elle se trouve dans tout ce qui entoure la publication : les règles, les droits, la sécurité, le travail à plusieurs. Voici ce qui m’amène à cette conclusion.

De WordPress à Ghost, puis au vibe coding

Petit retour en arrière. Depuis plusieurs années, j’ai un site personnel où je rassemble mes articles, mes projets et mes expérimentations.

D’abord sur WordPress, puis sur Ghost pour réunir mon site et ma newsletter. Jusqu’au moment où je publiais trop peu pour justifier de continuer à payer un abonnement : les offres hébergées de Ghost démarrent aujourd’hui à 18 dollars par mois, facturés à l’année.

J’ai donc exporté mes contenus et recréé un site entièrement en vibe coding, au printemps 2026, avec les mêmes méthodes que celles que je raconte dans mes conversations avec l’IA pour créer des applications. Une version minimaliste, mais fonctionnelle.

Et ce week-end, j’ai eu envie de lui donner une nouvelle vie.

Un week-end, quatre assistants et 71 modifications

En moins d’une après-midi, j’ai pu :

  • repenser entièrement le design et la navigation ;
  • réorganiser et catégoriser mes contenus, désormais rangés en rubriques ;
  • réintégrer une quarantaine de podcasts jusque-là dispersés sur YouTube, en générant des articles à partir de leurs transcriptions : ils sont maintenant réunis sur la page du podcast ;
  • créer des pages détaillées pour présenter mes applications iOS et mes autres projets, comme Trip Control ou Hiku, avec leur histoire, les difficultés rencontrées et les choix techniques ;
  • et même imaginer une petite ville interactive où chaque bâtiment représente une thématique du site, pour proposer une autre façon de naviguer. Elle se visite sur la Map, et j’ai raconté pourquoi j’ai transformé mon site en ville.

L’historique du site garde la trace de tout cela : 71 modifications enregistrées entre le samedi 31 octobre et le dimanche 1er novembre. Et elles ne viennent pas d’un seul outil. J’ai fait travailler en parallèle quatre assistants : Lovable, sur lequel le site est né, Codex, Claude Code et Cursor. Chacun sur une tâche, chacun proposant ses changements, et moi pour décider ce qui entre dans le site.

Devenir le chef d’orchestre de son site

Mais finalement, ce n’est pas la vitesse d’exécution qui m’a le plus impressionné.

C’est cette sensation assez grisante de pouvoir devenir le chef d’orchestre de l’ensemble de mon site. Le fond. La forme. Les fonctionnalités. L’expérience utilisateur.

Une idée de fonctionnalité ? Je peux la tester immédiatement.

Une nouvelle façon d’organiser mes contenus ? Je peux l’appliquer à l’ensemble du site.

Une modification éditoriale ? Je peux intervenir sur des dizaines de pages en une seule opération, avec l’aide de l’IA.

Le meilleur exemple, c’est la ligne éditoriale elle-même. Je l’ai écrite une fois, dans un fichier d’instructions que les assistants lisent avant de travailler : chaque article appartient à une rubrique (Banc d’essai, Carnet de bord ou Point de vue), commence par un résumé en quelques points et ne doit jamais inventer un chiffre. Dans un CMS classique, ces règles vivent souvent dans un guide à part. Ici, elles s’appliquent à chaque nouvelle page.

Et surtout, je peux passer beaucoup plus directement de l’idée à sa concrétisation.

Ce qu’un CMS faisait pour moi, et que j’ai dû reconstruire

C’est là que l’expérience devient intéressante, parce qu’elle montre aussi ce que je payais vraiment avec mon abonnement. Pour que le site tienne debout, il a fallu reconstruire, avec l’IA, des briques qu’un CMS fournit sans qu’on y pense :

  • la newsletter : un formulaire d’inscription, une base où les adresses ne sont lisibles par personne d’autre que moi, et une synchronisation avec l’outil d’envoi ;
  • l’administration : un espace réservé, avec une vérification des droits faite côté serveur à chaque requête, parce qu’un contrôle dans le navigateur ne protège rien ;
  • le référencement : une page HTML générée pour chaque article avec son titre, sa description et son image de partage, et un plan du site tenu à jour automatiquement ;
  • la traduction : une version anglaise générée à chaque publication, avec un fichier de corrections manuelles quand la machine se trompe ;
  • la lecture par les IA : une version Markdown de chaque article, un fichier llms.txt et un serveur MCP pour que les assistants puissent interroger mes contenus directement.

Rien de tout cela n’était hors de portée. Mais chacune de ces briques est désormais sous ma responsabilité : si elle casse, personne ne la réparera à ma place.

Rien de magique pour autant

Évidemment, rien de tout cela n’est magique. J’ai derrière moi des heures de pratique, d’expérimentation, d’erreurs et de corrections, dont une partie est racontée dans l’histoire de ma première app iPhone. Et il faut toujours vérifier ce que produit l’IA.

Un exemple concret, tiré de cet article : sa traduction automatique en anglais transformait « Le fond. La forme. » en « The bottom. The shape. ». Rien d’anormal pour une machine, mais personne ne l’aurait vu si je n’avais pas relu. Avec quatre assistants qui modifient le même site, la relecture n’est pas une option : c’est le cœur du travail.

L’outil se façonne désormais autour des idées

Mais quelque chose a profondément changé dans mon rapport à la création web.

Avant, je devais apprendre à travailler avec les possibilités de mon outil. Aujourd’hui, je peux façonner l’outil autour de mes idées.

Et je trouve ce changement de paradigme assez vertigineux.

Les CMS ont compris qu’ils devaient devenir pilotables

Cela ne signifie pas que WordPress, Ghost ou les autres CMS vont disparaître demain. Ils répondent à des besoins réels, notamment en matière de gouvernance, de sécurité et de collaboration. Et leur poids reste immense : WordPress fait tourner 39,5 % de tous les sites web, soit 58 % des sites dont on connaît le CMS, selon W3Techs.

Surtout, ils ne restent pas immobiles. En février 2026, WordPress.com a intégré un assistant IA directement dans l’éditeur, capable de modifier la mise en page et le style d’un site par la conversation. Le même mois, l’équipe de WordPress a présenté un adaptateur MCP qui permet à des assistants comme Claude Code ou Cursor d’agir sur un site WordPress, avec les seuls droits de l’utilisateur pour lequel ils travaillent.

Ce détail me semble essentiel. Le CMS ne se présente plus comme l’endroit où l’on fabrique ses pages, mais comme un cadre dans lequel des agents peuvent travailler sans tout casser : qui a le droit de publier, de modifier, de supprimer, et avec quelle validation.

Où sera la valeur d’un CMS demain

Pour un créateur seul comme moi, la réponse est déjà claire : un site sur mesure est devenu une option réaliste, à condition d’accepter d’être sa propre équipe technique. La liberté est totale, la responsabilité aussi.

Pour une rédaction, une entreprise ou une équipe marketing, c’est différent. Dès qu’il y a plusieurs auteurs, des validations, des données personnelles ou des obligations légales, ce que j’ai reconstruit à la main devient exactement ce qu’on attend d’un CMS : des droits bien définis, un historique, une sécurité éprouvée et un cadre clair pour les agents.

Ma conclusion provisoire : le CMS de demain vaudra moins par ses thèmes et ses extensions que par la confiance qu’il apporte. Il deviendra le garant des règles plutôt que l’atelier de fabrication.

Mais cette expérience m’amène à me poser une question : si l’IA permet désormais de piloter aussi facilement le contenu et le contenant, quelle sera demain la véritable valeur ajoutée d’un CMS ?

Je suis curieux d’avoir vos avis.